porte-avions

de la Marine Royale Canadienne

Ici nous passions doucement devant le volcan Stromboli près de la Sicile, et lorsque nous rencontrions des choses inusitées le Commandant nous le disait et nous sortions voir!

Voici ce qu'un pilote voit et sur quoi il doit se poser! Il arrive à 100 miles/heures et doit accrocher un câble avec le crochet à  l'arrière de l'appareil, sinon ce sont les barrières!  Cette piste qui bouge, mesure près de 800 pieds de long et 90 pieds de large.



Tous les avions étaient montés des hangars sous le pont d'envol à l'aide des élévateurs,  on les plaçait, et on dépliait les ailes. A tour de rôle les avions avançaient pour se préparer à partir. Il y a avait deux hommes qui plaçaient des "chucks" en avant des roues et le "Batman" se plaçait à la vue du pilote et au bout de son bras dans sa main droite il tenait les deux drapeaux enroulés qu'il faisait tournoyer afin d'indiquer au pilote de mettre les gaz à fond! Quelques secondes plus tard le batman baissait le bras et les deux hommes sous l'avion enlevaient les chucks et l'appareil partait à toute vitesse.

Si le vent était trop faible on se servait de la catapulte, et je peux vous dire que ça décollait pas à peu près, et sur une longueur de 200 pieds seulement l'avion était en vol!

Sur l'avant du porte-avions, il y avait un jet de vapeur qui sortait juste devant une gradation de degrés pour nous indiquer que nous étions bien dans l'axe du vent, (degré 0) ce qui donnait au Commandant la bonne direction pour un meilleur décollage. Ceci existe encore de nos jours.

Il y avait environ 300 hommes qui prenaient soin des appareils, mécaniciens, spécialistes des "oleo-legs" (les roues, etc.) Ceux qui travaillaient sur le pont se nommaient les "plane pushers" mais ils n'aimaient pas ce titre qui était en réalité "aircraft handlers"!

Nous pouvions faire décoller 40 avions en 20 minutes ou moins!

Les vols de nuit se passaient de la même façon.

 

Un pilote ne peut apponter seul, il a besoin d'aide, de jour comme de nuit! L'homme placé sur l'arrière du navire et protégé par un "coupe-vent" derrière lui se nomme un "batman" et il a la responsabilité de diriger l'avion pour une bonne procédure au décollage comme à l'appontage.

Il a les bras tendus à l'horizontale avec un petit drapeau dans chaque main et indique au pilote s'il est trop haut ou trop bas, trop à droite ou trop a gauche, ou penché à gauche ou à droite, Si le pilote ne corrige pas le batman peut lui faire avorter son appontage en lui signalant en croisant les bras de remonter et repartir et revenir pour un autre essaie.

Cependant il arrive que le pilote soit en trop basse vitesse et ne peut plus remettre les gaz assez vite d'où un crash comme vous verrez dans des photos à venir.

La nuit les drapeaux sont remplacés par des lampes de poche avec une extension en verre rouge que le pilote peut très bien voir, et le pont est à la noirceur sauf deux rangées de petites lumières indiquant où l'avion doit se poser!

Si l'avion est en bonne position le batman fait un signe de continuer et c'est ainsi qu'un avion apponte!




Ici un avion "Avenger" qui a manqué de s'accrocher aux câbles! Il est donc entré dans une des 3 barrières de sécurité ce qui a pour effet de le faire planter du nez. Le pilote n'est pas blessé dans cette opération sauf dans son orgueil! Souvent, c'est à cause de l'instabilité du navire car comme je le disais souvent, un appontage est un atterrissage en catastrophe chaque fois! Si vous n'aimez pas ces photos dites-le-moi !




Cette photo fut prise en mars 1948...

Lorsque le Magnificent fut "Commissioné" c'est à dire eût tous les documents pour entrer en service, et bénit par nos deux Chaplains (il était défendu de les nommer Padre dans la marine), nous sommes donc partis de Belfast, en route pour Portsmouth en Angleterre, une très belle ville avec toute l'histoire de la marine anglaise, peu avant notre départ pour le Canada.




Histoire en 4 photos


1


Un Seafire arrive trop bas et le Batman lui ordonne de repartir et recommencer son approche. Le Batman se tient sur une petite plateforme et protégé par des toiles verticales et nous pouvons l'apercevoir à droite au centre de la photo, c'est là qu'il se tient, vous pourrez aussi remarquer que tout autour de navire il y a des filets à la hauteur du flight deck au cas ou quelqu'un tombe...!

2

Le pilote met les gaz mais est incapable de relever son avion et se dirige vers un Crash, c'est certain! Nous apercevons un navire escorte au loin qui viendra rescaper le pilote..... Or l'histoire ne finit pas ici.....!


3


Seafire (Spitfire pour porte-avions) crash dans la mer. Que va-t-il arriver alors? Voyons donc la prochaine photo!


4

Nous voyons donc que notre pilote fut rescapé et est de retour à bord avec une boîte que les charpentiers avaient conçu à cet effet! Un peu de repos, et on repart demain... Sans blessures dirons-nous! Et c'est ainsi qu'un pilote se crash dans la mer des Antilles et est récupéré, avec l'aide de notre "jumbo crane"! Merci HMCS Haïda pour votre aide!



On ne dirait pas, mais cette vague a 80 pieds au moins! Nous avons été martelé ainsi durant 10 jours au lieu de traverser l'Atlantique en 4 jours comme d'habitude, lors de notre retour d'Écosse (Glascow) en descendant par la rivière Clyde et un stop à Greenock. Le navire était secoué comme une coquille de noix, penchant sur la gauche ou la droite, plongeant du devant ou de l'arrière sans cesse. Nous avions beaucoup de difficultés à nous tenir debout et faire notre travail. Plusieurs souffraient du mal de mer. Et imaginez la difficulté à manger. Les cuisiniers en avaient plein les bras avec leurs gros chaudrons dont la plupart étaient vissés sur le pont, comme les tables et les chaises. Certains ponts les plus bas étaient inondés mais les pompes accomplissaient leur travail. Rien de bien drôle surtout il était facile de voir que certains membres d'équipage avaient la trouille... C'est indescriptible et incroyable tout ce que nous avons vécu durant cette traversée! C'est au bout du voyage à Port Mouton, presque rendus à destination, que nous sommes entré dans la baie et frappé un gros rocher. On rapporte sur certains sites internet que nos escortes nous ont tiré de notre mauvaise position, ce qui est faux. Ce fut un remorqueur de la "Fondation" dépêché de Halifax qui nous tira de notre fâcheuse position, et nous penchions à 30 degrés lorsque la marée baissa!





J'ai pris cette photo en 1950. Une de mes préférées. Vous remarquerez que nous affichions le drapeau Britannique, car c'était notre drapeau officiel au Canada à l'époque dans la marine... De nos jours nous avons le même drapeau blanc avec la croix rouge, mais l'Union Jack fut remplacé par l'Unifolié Canadien! Il est facile de remarquer que les navires naviguaient très rapidement! Vous remarquerez aussi un canon Oerlinken fabriqué en Suisse et vendu aux Allemands ainsi qu'aux alliés durant la 2e guerre mondiale! Notre escorte de ce côté était le "HMCS Nootka" un destroyer de la classe "Tribu". (Tous les navires de la classe Tribu portaient des noms Amérindiens: Iroquois, Sioux, Haîda, Nootka, Assiniboine, et plusieurs autres.)
(Il est à remarquer que certaines photos furent mises sur internet par des membres d'équipage du temps, et j'an ai aussi quelques unes. Malheureusement on ne parle pas de leur origine.)





Voici le Magnificent en cale-sèche lorsque les réparations furent terminées, c'est à dire tout le devant du navire et la quille déchirée sur une longueur de 220 pieds! A remarquer la hauteur d'un homme de taille normale avec celle du navire! Ceci nous donne une idée de la hauteur. Les dommages de cette aventure ont coûté 2,000,000.00$ à l'époque, (1949) alors que le navire avait coûté 44,000,000.00$ Nous sommes demeurés de avril à octobre en réparations.




Un appareil s'avance et nous distinguons bien les barrières, au cas où il ne serait pas accroché. Les barrières au nombre de trois sauront bien l'arrêter!



Cette photo nous montre le "Magnificent" entrant à la Havane à Cuba la première fois avant de repartir pour Guantanamo Bay, en 1950.   Comme ce sont de vieilles photos elles sont parfois comme moi un peu "ratatinées".....



Voici un bel appontage. Le crochet de l'appareil a attrapé un câble. A remarquer les autres câbles qui s'abaissent des que la tension est assez forte sur celui qui fut accroché. Il y a 10 câbles ainsi...




Le Haïda s'approche de notre navire pour prendre du pétrole, mais est entré dans les vagues que nous laissons derrière nous, car nous naviguons à haute vitesse pour cette opération.




Et c'est ainsi que le transfert de pétrole se faisait.
Cependant un jour alors qu'un destroyer était en train de remplir ses réservoirs, le tuyau s'est détaché, les ponts, les hommes inclus furent arrosés! Nous pouvions aussi transférer un homme d'un navire à l'autre dans une chaise que nous nommions "bosen's chair" installée sur un câble tendu...


Ici nous arrivions à Colon, au Canal de Panama: La température montait à 120F, et nous devions arroser le flight deck souvent pour le rafraîchir.


Ça va beaucoup mieux sur deux roues! Mais ces choses arrivaient parfois qu'une roue ne fonctionne pas, et voici le résultat!


Un Sea Fury a manqué les câbles et est venu finir sa course dans une barrière. Mais les mécaniciens pouvaient faire les réparations en très peu de temps, car nous avions les pièces de rechange nécessaires, et de très bons mécaniciens!


Un beau morceau de glace, (Iceburg) dans le nord de l'Atlantique lors de notre voyage vers Wakeham Bay, où nous avons rencontré des Inuits très sympathiques.


Un soir de printemps 1949 nous naviguions tout doucement dans l'Atlantique non loin de l'Angleterre. Un petit avion apparut et demanda la permission de se poser! Non équipé pour cette manoeuvre et après discussion avec l'Officier Commandant et le Commandant du service de l'air, il fut convenu d'accepter et le petit appareil arrêta juste avant les barrières. A notre grande surprise c'étaient des journalistes de la BBC qui venaient faire un reportage. Nous avons dû mettre le Cessna au hangar, et c'est en le plaçant comme sur la photo que nous avons réussi! Inimaginable!


Sur cette photo nous voyons les "plane pushers" couchés sous l'avion attendant le moment d'enlever les "chucks" pour laisser l'appareil s'envoler. Parfois dans les Caraïbes et d'autres endroits c'était chaud pour se coucher sur le pont ainsi mais il le fallait. Ceci est un départ en préparation, mais ne dure que quelques instants, je dirais quelques secondes!


En terminant une belle photo........

Un gros merci à Ben Garneau et aussi Tabata pour l'aide!

Avec l'espérance que ça vous plaise de voir le travail
que nous faisions dans les années 1940!

Au revoir et encore un beau merci à tous les visiteurs!

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